L’archéologue Jean Pech. Les arcades-fenêtres qui donnaient sur l’extérieur datent du 13ème siècle. La statue que l’on devine dans la corniche droite du 17ème. Le plancher du 19ème et l’esquisse d’escalier du 20ème siècle.

Archevêché : les nouvelles fouilles archéologiques ont commencé

Ce printemps 2021, de nouvelles fouilles ont commencé avant d’entreprendre les travaux de rénovation du bâtiment qui doit faire de l’ancien archevêché un pôle culturel.

Entreprendre des fouilles archéologiques est l’étape obligatoire par où commencer quand on veut rénover un bâtiment historique. C’est la mission de Julien Pech et de son équipe, envoyés par Mosaïques archéologie, un organisme agréé en archéologie préventive. « Nous allons retracer les histoires de ce bâtiment » explique cet archéologue spécialiste du bâti.

L’archéologue Julien Pech. Les arcades-fenêtres qui donnaient sur l’extérieur datent du 13ème siècle. La statue que l’on devine dans la corniche droite du 17ème. Le plancher du 19ème et l’esquisse d’escalier du 20ème siècle.

De fait, les arcades sont les parties hautes de fenêtres datant du 13ème siècle. « Ce qui est à l’origine de beaucoup de choses dans le bâtiment, c’est la découverte fortuite de cette claire-voie » s’extasie Julien Pech.

Maison des Chanonges, face à la cathédrale. L’enfilade de fenêtres du 13ème siècle mise à jour à l’archevêché pourrait ressembler à celles-ci. Elles étaient très colorées à l’origine.

Il y a dix ans, on mettait à jour cette enfilade de fenêtres du Moyen Âge, construites comme celles que l’on peut voir sur la maison des Chanonges que l’on trouve face à la cathédrale. « Ce sont des fenêtres assez singulières et incroyables ». Elles étaient colorées de jaune, d’orange, de vert, d’après les traces d’à-plats restants.

On devine sous l’arcade de droite, une statue avec une mitre et une crosse. D’après les sources écrites, c’est l’archevêque Guillaume IX d’Hugues (1612-1648) qui aurait commandité l’agrandissement du palais avec le doublement du corps central, à l’ouest. Les fenêtres sont devenues une galerie intérieure de portraits d’archevêques.

Au 17ème siècle, les baies sont bouchées et abritent des statues d'Archevêque.

Pour voir la partie basse de ces fenêtres, il faut se rendre à l’étage du dessous, puisqu’à une époque postérieure, un plancher a été construit à mi-hauteur de la claire-voie. On aborde là une autre période charnière, quand l’ancien archevêché a été transformé en caserne. Les planchers ont été rehaussés de 1,30 mètre. Voilà pourquoi le niveau des anciennes fenêtres ne correspond plus à celui des planchers. Les façades extérieures ont donc été entièrement réaménagées.

Si l’on regarde la bâtisse depuis la cathédrale, on voit « la façade ouest qui correspond à la caserne du 19ème siècle, la grande période de réaménagement de l’archevêché » rappelle l’archéologue.

Les façades de l’archevêché sont du 19ème siècle. Photo prise alors que les fouilles commencent au second étage.

Les escaliers dessinés sur les murs sont des gabarits tracés du temps du Centre Alpin du Bois, créé en 1942.

« Toutes ces périodes nous intéressent, précise Julien Pech qui se penche sur les traces d’un ancien graffiti, nous n’en privilégions aucune »

Pour mener à bien ces fouilles, les archéologues procèdent par sondages. Ils ôtent le plâtre sur des petits carrés à intervalles réguliers. Si des restes de peintures ou de décors apparaissent, ils opèrent des décroûtages en bande pour continuer leur exploration.

Cette méthode a permis de découvrir des ouvertures sur la façade Est. Des anciennes fenêtres croisières datant des environs du XVIe siècle, qui pourraient ressembler à celles du château de Picomtal de Crots. Ces fenêtres avec des traverses de pierre étaient celles d’un palais. Elles ont été amputées lors de la transformation en caserne.

Les fenêtres à croisées de l’Archevêché (dont les restes commencent ci-contre à être dégagées) pouvaient ressembler à celles du château de Picomtal à Crots (ci-dessus)

Cette nouvelle campagne de fouille a commencé au deuxième étage. « Les étages supérieurs sont en général les plus abîmés » note Julien Pech qui petit à petit va descendre avec son équipe pour fouiller jusque dans les sols autour et sous le bâtiment.

Plan de l’Archevêché (croquis de la Société François 1er qui a rénové l’aile Sud)


« Je prends le bâtiment tel qu’il est et j’essaie de comprendre comment il a évolué. Je rassemble le maximum d’informations de toutes les périodes, de toutes les époques. Je les transmets à qui de droit » explique Julien Pech. Les architectes et les monuments de France décideront ce qui doit être gardé et de ce qui pourra évoluer pour la prochaine aventure de cette bâtisse : devenir un pôle culturel.

10 siècles d’histoire

L’enfilade des fenêtres retrouvées date du XIIIe siècle. Ces baies fort colorées donnaient sur la cour d’honneur située à l’Ouest, c’est-à-dire du côté de la cathédrale toute neuve

« On a déjà identifié neuf phases de travaux à cet étage » se réjouit Julien Pech, l’archéologue spécialiste du bâti qui mène les travaux de fouilles. L’évolution de ce bâtiment est liée à l’histoire d’Embrun.

Du premier édifice qui ressemblait plus à une forteresse, il ne reste que la Tour Brune

La Tour Brune

L’enfilade des fenêtres retrouvées date du XIIIe siècle. Ces baies fort colorées donnaient sur la cour d’honneur située à l’Ouest, c’est-à-dire du côté de la cathédrale toute neuve.
Durant la Renaissance, la bâtisse est rénovée et agrandie, comme en témoignent les fenêtres croisées dont on a retrouvé le montant d’ouverture sur la façade Est. C’est le palais de l’archevêque, un prince de l’Église qui côtoie les papes et les rois.

Au 19ème siècle, on entreprend des travaux radicaux pour installer la caserne de chasseurs alpins Laharpe (ci-contre). La gendarmerie lui succède. Les façades avec l’alignement des fenêtres datent de cette époque.

En 1942, sous le gouvernement de Vichy, la Chambre de Commerce et d’Industrie en fait un lieu d’apprentissage, le Centre Alpin du Bois, ancêtre du LEP. Il en reste les esquisses pédagogiques d’escaliers sur les murs qui servaient de gabarit.

Le Centre Alpin du Bois créé en 1942 dans l'ancien Archevêché d'Embrun (Photo ASEPE)
Le Centre Alpin du Bois créé en 1942 dans l’ancien Archevêché d’Embrun (Photo ASEPE)

En 1942, sous le gouvernement de Vichy, la Chambre de Commerce et d’Industrie en fait un lieu d’apprentissage, le Centre Alpin du Bois, ancêtre du LEP. Il en reste les esquisses pédagogiques d’escaliers sur les murs qui servaient de gabarit.


L’aile sud de l’évêché du XVIe siècle, qui vient d’être transformée en logements, a abrité le tribunal d’Instance qui fut fermé en 1926, quand Embrun perdit son statut de sous-préfecture des Hautes-Alpes.

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